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Théâtre la Boutonnière

Déjeuner chez Wittgenstein, Thomas Bernhard

Du vendredi 05 au samedi 27 octobre 2012
Du mardi au samedi à 20h00

Avec

Geneviève Mnich
Cécile Lehn
Eric Prigent

A Vienne, deux sœurs fêtent le retour à la maison de leur frère, un philosophe interné en hôpital psychiatrique, mais il n’y aura pas de retrouvailles chaleureuses : au contraire le huis-clos fait remonter tous les secrets de famille et tourne au jeu de massacre.
Thomas Bernhard rend ici hommage à son ami Paul Wittgenstein, neveu de Ludwig le philosophe et longtemps interné, tout en réglant ses comptes avec la famille, l’Autriche, le théâtre et la peinture, Nietzsche, les profiteroles et bien d’autres choses… revue méchante et joyeuse de ses objets de détestation préférés.

Critiques

Froggy’s Delight
Comédie dramatique de Thomas Bernhard, mise en scène de Habib Naghmouchin, (...) - Lire tout

Comédie dramatique de Thomas Bernhard, mise en scène de Habib Naghmouchin, avec Geneviève Mnich, Cécile Lehn et Eric Prigent.

Il y a d’abord un lieu charmant, au fond d’une allée fleurie. Puis une salle étonnante "à l’avignonnaise", et un décor très réaliste.

Puis le texte de Thomas Bernhard et enfin les comédiens, là, tout près, incarnant : c’est leur art.

Deux soeurs, l’aînée et la plus cadette, préparent avec angoisse et fièvre le retour du frère, en permission de l’asile de fous proches. Le déjeuner a été préparé selon ses goûts. Les sujets irritants ont été énumérés, afin de les bien proscrire. Enfin, il est là, avec sa violence, sa morbidité, ses idées fixes, sa haine impuissante et vociférante.

Devant l’ordonnancement parfait, comment va réagir ce loup aux plaies ouvertes ?

"Déjeuner chez Wittgenstein", texte réaliste, sombre, riche, drôle, terrible sur la famille, les vies ratées, le poids des parents qui meurent toujours trop tard, et aussi, bien sûr, sur la folie, l’enfance prometteuse des fous, qui ne trouvent rien à leur hauteur et à leur écho, cette pièce bouleverse, remue, servie par un trio extraordinaire de qualité, de métier, de sensibilité.

Geneviève Mnich est l’aînée, petite femme proprette et méticuleuse, suintant des vertus encaustiques de la petite-bourgeoisie, insupportable de perfection et de maîtrise qui dissimulent mal le vide d’une vie manquée et dévouée à la famille créée par ses parents. C’est une comédienne puissante, effrayante dans le jeu de la normalité, remarquable.

La seconde, Cécile Lehn, plus joueuse, plus détachée, non moins malheureuse, aime autant le frère, sinon plus, laisse passer la vie, coquette, désespérée mais maquillée, et le jeu de cette comédienne rare révèle une grande subtilité.

Enfin, le frère tant attendu, Eric Prigent, inquiétant, attendu, incarne le maniaco-dépressif type, insatisfait, destructeur, ricaneur, enfoui dans son marais intime. On se penche sur cet homme comme devant un gouffre, quelle performance !

Admirablement mise en scène par Habib Naghmouchin, cette oeuvre de Bernhard rassemble tant de qualités, de force,qu’il faut se presser de la découvrir à la Boutonnière.

C’est un spectacle indispensable et magistralement interprété.

Christian-Luc Morel
www.froggydelight.com

Paristribu.com
Dans une salle à manger deux sœurs dialoguent L’ainée s’affaire à la cuisine, à (...) - Lire tout

Dans une salle à manger deux sœurs dialoguent L’ainée s’affaire à la cuisine, à dresser la table, pour préparer un déjeuner parfait tandis que l’autre lit lascivement le journal en sirotant un verre de vin.

Après des mois d’internement dans un hôpital psychiatrique leur frère est revenu.
Des retrouvailles attendues par l’ainée alors que l’autre semble indifférente à ce retour.
Durant ce séjour à l’hôpital l’ainée lui a rendu visite quotidiennement, s’est occupée de lui alors que la plus jeune est allée le voir rarement.

Les deux sœurs n’ont pas la même vision ni la même approche sur ce retour. Mais une chose est sûre, elles ont l’air aussi inquiètes et tourmentées l’une que l’autre.
Le frère entre en scène le repas commence. Entre les non dits, le passé, une relation entre l’amour et la haine à la limite incestueuse, ces retrouvailles prennent une tournure catastrophique.

Il ne supporte pas ce décor, cette salle à manger où rien n’a changé depuis la mort des parents. Toujours les mêmes tableaux, les mêmes meubles le même décor, le passé est omniprésent, cette maison ne vit pas, elle est juste le reflet du passé, il préfère retourner à l’hôpital.

Ces sœurs sont comédiennes ? Et alors il déteste le théâtre !
Elles se retrouvent démunies face à ce frère et ne savent pas comment réagir et surtout ont peur de ses réactions.
On est bien loin de retrouvailles chaleureuses mais plutôt d’un déballage sur ce qui n’a jamais été dit.
Les paroles fusent parfois violentes, parfois cruelles, mais aussi drôles.

http://www.paristribu.com/

Avis du public - sur BilletReduc.com
Belle découverte - 10/10 Un très bon jeu des 3 comédiens pour une pièce (...) - Lire tout

Belle découverte - 10/10
Un très bon jeu des 3 comédiens pour une pièce troublante dans un théâtre atypique !

Une magnifique et précieuse rareté - 10/10
C’est la troisième fois que je vois cette pièce, les deux autres fois jouée par d’autres comédiens. A chaque fois c’était assez bon, le texte de Thomas Bernhard se défendant fort bien. Mais là l’interprétation est d’une justesse et d’une finesse prodigieuse. Comment fait-on pour être aussi réels ? Aussi simplement vivants ? Confondant de vérité ! Merci, merci mille fois au metteur en scène Habib Naghmouchin, et aux trois comédiens, Eric Prigent, Cécile Lehn, Geneviève Mnich. A savourer au plus vite, (avant un départ en tournée ?)

Excellente soirée - 10/10
Déjeuner savoureux trempé dans l’acidité de Thomas Bernhard qui règle ses comptes avec le théâtre, la peinture, l’Autriche et la famille. Au menu : beaucoup d’esprit sur un lit de cruauté. La mise en scène est intelligente et raffinée, les comédiens justes et précis (Geneviève Mnich en tête qui réussit un remarquable pliage de serviettes), et la scène des profiteroles, anthologique. en bonus : le théâtre de la boutonnière, caché au fond d’une cour, est à découvrir, d’autant que l’équipe est accueillante.

Blog de Phaco / Le Mague
Pièce phare de l’écrivain autrichien Thomas Bernhard (1931-1989), Déjeuner (...) - Lire tout

Pièce phare de l’écrivain autrichien Thomas Bernhard (1931-1989), Déjeuner chez Wittgenstein peut déconcerter le spectateur par son huis-clos bizarroïde. L’histoire se profile imprévisible : deux sœurs s’apprêtent à accueillir - après plusieurs mois d’absence - leur frère, un philosophe malade, interné en hôpital psychiatrique. Par une mise en scène très subtile et l’excellent jeu - tout en intériorité - de trois comédiens, ce Déjeuner chez Wittgenstein nous plonge d’emblée dans le malaise bernhardien. Au début du spectacle, nous suivons les préparatifs fébriles de ces deux sœurs, dont le dialogue imprégné de crainte et d’espérance nous interroge sur cette arrivée imminente, auréolée de plaisir et de souffrance. Puis, le malade débarque dans la maison familiale viennoise, dans une composition de fou à la fois phobique, très cultivé et pince-sans-rire, plombant l’atmosphère autant par ses silences que par la violence de son comportement enfantin. Progressivement, au fil de ce texte oscillant constamment entre comédie et tragédie et tout imprégné de révolte et de langueur mélancolique, quelques signes nous orientent vers les fêlures qui semblent planer sur les Wittgenstein : la mésentente du philosophe avec ses parents, une rivalité artistique des deux sœurs comédiennes, leur rapport ambigu au frère, le cheminement de la folie du frère… Dans cette pièce marquée par l’ambivalence (des êtres, des situations), tout se passe entre le melon et la viande au cours d’un singulier repas se déroulant dans un salon à manger au charme viennois désuet. Le texte grave et loufoque de Thomas Bernhard repose sur un savoureux dialogue à trois, à la fois, bourgeois, très poli et délirant, qui semble mettre en avant les sentiments dominants des personnages comme l’agacement (chez le frère) ou la compassion et la peur (chez les sœurs).

D’une certaine façon, pour l’état d’esprit, la pièce jerke entre du Tchekhov et du Ionesco. Mais inévitablement derrière les mille et une diatribes du frère sur la peinture, la famille, le théâtre, l’Autriche ou les profiteroles (!) se profile l’image de Bernhard, englué dans son mal-être et possédé par un désir de provocation, déjà très médiatique. L’oeuvre de l’auteur de Maîtres anciens, largement autobiograpgique, est tout imprégnée, comme chacun sait, par la maladie, la mort, la solitude et la folie. Pour le personnage du frère, Bernhard s’est même inspiré de son ami interné Paul Wittgenstein, lui-même neveu de Ludwig Wittgenstein (1889-1951), célèbre philosophe autrichien naturalisé britannique. L’univers de Déjeuner chez Wittgenstein baigne dans la névrose - l’on songe aux cercles viennois de Freud à Zweig - et à l’expressionnisme autrichien (si cruellement parlant), même s’ils sont antérieurs à Bernhard. Et l’on ne s’étonnera guère de l’admiration du dramaturge autrichien pour le Suisse Fritz Zorn dont l’autobiographie posthume Mars (1977) semble correspondre à de similaires sublimations mortifères par l’‘écriture. Bernhard nous apparaît cabotin et borderline (comme Léautaud), misanthrope (comme Céline), à la fois vulnérable par sa maladie et fasciné par la description de ses états d’âme (comme Proust). Un humour tout germanique traverse d’ailleurs Déjeuner chez Wittgenstein - mais peut-être pour l’apprécier à sa juste valeur faut-il être déjà un peu familiarisé avec l’œuvre de Bernhard. La remarquable prestation théâtrale des comédiens jointe à la rigoureuse mise en scène de Habib Naghmouchin, qui capte parfaitement ce climat entre chien et loup et chargé de tension - caractéristique chez l’auteur de Gel - fait de ce Déjeuner chez Wittgenstein un bel hommage à l’univers chaotique de Thomas Bernhard, dont Philippe Ivernel (+) a noté avec beaucoup de justesse l’aspect foncièrement obsessionnel.

(+) […] Bernhard est un obsessionnel, ses personnages aussi. Ils reviennent sans cesse, avec variations, sur les mêmes thèmes, dans un parfait accord de la forme et du sens : la phrase se développe en boucle par provignement, et la pensée aussi s’enroule sur elle-même, incapable de se libérer, moins de son sujet de réflexion que d’une propension permanente à l’aigreur, au sarcasme.

Michel Corvin, Anthologie critique des auteurs dramatiques européens (1945-2000), page 545, éditions Théâtrales, 2007

Le Souffleur
“C’est notre maison, pas celle des morts” (Voss) Le théâtre de la Boutonnière (...) - Lire tout

“C’est notre maison, pas celle des morts” (Voss)

Le théâtre de la Boutonnière a cette particularité de changer de visage en même temps que de pièce. Ravalement de façade à chaque projet, le lieu s’adapte aux créations qu’il reçoit. Pour ce Déjeuner chez Wittgenstein, ce sera donc la Maison de la Boutonnière. Salle à manger/salon/cuisine serviront de scène aux comédiens en même temps que de lieu pour boire/grignoter/se rencontrer au public. Sentiment immédiat d’être concerné par ce qui va se passer : le public entre dans l’histoire avant même que l’histoire ne commence. Il n’y a plus qu’à espérer – pour pallier le convenu, ennemi du théâtre par excellence – que l’histoire ne sera pas aussi confortable que le contexte dans laquelle elle prend place.

“Je me la suis représentée si belle, cette journée” (Dene)
“Le rabaissement de l’existence, il se manifeste en toute clarté à la conscience/quand nous revenons dans une telle maison” (Voss)

L’histoire, donc : à Vienne, une soeur ainée (Dene) et sa cadette (Ritter) organisent un de ces laborieux diners familiaux pour célébrer le retour de Wittgenstein (Ross), leur frère, dans la sempiternelle maison familiale. Trois, on connait l’adage, n’a jamais été un bon chiffre pour vivre-ensemble, surtout quand les soeurs ne s’entendent pas et que le frère ne les entend en rien. Alors, une communication violente, le sentiment d’une “existence rabaissée”, des cris crispants et de la vaisselle brisée. Alors, un drame familial.

De là, il serait facile de se contenter d’une petite tragi-comédie bourgeoise, de laisser l’incroyable force d’efficacité du texte de Thomas Bernhard faire son travail. Il serait facile de caricaturer les trois personnages en affrontement – d’un côté une petite-mère touchante mais insupportable, de l’autre la soeur feignante et mesquine et en face le frère cynique, moqueur et salvateur. Heureusement, Habib Naghmouchin a été cherché ailleurs. En coupant dans le texte-terreau terriblement drôle et lucide de Bernhard et en prenant le parti de renforcer l’incestueux de leurs relation, Habib Naghmouchin a été creuser ce malsain que l’on ne saurait voir.

“Un caveau exquis/où l’on sert des profiteroles”
Donner un sens à la vie/Donner un sens à la vie” (Voss)

Au sein du texte de Bernhard – à priori convenu dans sa raillerie et son cynisme – Naghmouchin déterre de la nuance, de l’étrangeté, de l’ambiguité. Et si, plutôt qu’infantilisante et minaudante, la soeur ainée de Wittgenstein était amoureusement folle, légèrement géniale, puissamment vivante ? Et si Wittgenstein, le génie bougon, n’était finalement qu’un faible nerveux, perdu comme les autres, humain trop humain ?

“Grand besoin de géométrie/grand besoin de café/pas besoin de société” (Voss)

Première partie. La soeur cadette (comédienne en exercices) dit à son ainée (comédienne en pause, qui s’occupe plutôt de recopier les écrits de son frère philosophe) que son talent est supérieur au sien, qu’elle est comme ontologiquement comédienne (“Moi ça me coute le maximum, toi, tout te vient facilement”). Face à cette mise en abîme, il est difficile de ne pas acquiescer. Ce n’est pas que Ritter ne soit pas à la hauteur, c’est plutôt que Dene est exceptionnellement grande. Geneviève Minh et ses longs yeux qui étirés vers un ailleurs fascinant, Geneviève et ses rides d’une loufoque lucidité, Geneviève et sa voix sursautante, ses intonations drôles comme des montagnes russes. Geneviève incarne une Dene dont la folie l’emporte sur le conformisme bourgeois, une sorte de soeur-mère démente et piquante, qui dévorera la scène de cette première partie de Déjeuner.

Seconde partie. Au boût d’une demi heure de combat de poules viriles, Eric Prigent (Wittgenstein, ou Voss), le philocoq dément arrive. Non seulement il affronte avec brio – grâce à son visage marqué (dont on regrette qu’il soit si souvent nuque au public, d’ailleurs) et à son charisme d’alcoolique cynico-dépressessif – cette difficulté d’être le personnage attendu depuis le début, mais surtout il n’efface en rien la présence des deux femmes qui l’entourent. Plutôt, il la renforce. Plutôt, il lui donne sens. La calme et acerbe Ritter, par exemple, devient nécessaire en tant qu’elle contraste avec les crises respectives de Voss le génie nerveux et de Dene la folle maniaque. Chacun des trois personnages, à partir de l’arrivé du mâle clé, gagne donc en nécessité en même temps qu’en puissance – ce qui est loin d’être une évidence quand on se frotte à la misogynie Bernhardienne.

“Nous sommes fascinés par l’insolite/Tu me comprends/par l’insolite” (Voss)

Ainsi, de répliques insolites en comportements authentiques plutôt que sarcastiques, une lecture de Thomas Bernhard intelligente et nuancée se dessine dans ce Déjeuner chez Wittgenstein - dont on peut toutefois regretter qu’elle n’ai pas été plus loin encore dans les possibles qu’elle suggère.

Blandine Rinkel

source

Mise en Scène Habib Naghmouchin

Assistanat Emilie Pinédo

Décor Jean-Paul Dewynter

Lumière Paul Beaureilles

Régie Valentina Vallerga

Graphisme Julien Zamboni