Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /home/laboutong/www/config/ecran_securite.php on line 283
Théâtre la Boutonnière

Timon d’Athènes de W. Shakespeare

05 Décembre 2006 - 03 Février 2007

La pièce de Shakespeare fait écho à notre époque, elle traite de l’argent et de l’inflation. Chez Timon, on se trouve face à des questions actuelles : le gaspillage, le crédit, la consommation, la richesse, le prix, l’abondance… Le parcours de Timon est celui d’un homme, qui en vivant au dessus de ses moyens, croit acheter la joie, l’amitié… et le paradis avec…

Au lieu de faire face à la crise, Timon reste autiste, il se voile la face et crée des mirages comme aujourd’hui nous faisons la sourde oreille dans nos pays " développés " face aux problèmes économiques. Nous continuons chaque jour de consommer d’avantage, nous agissons comme si l’illusion pouvait durer éternellement.

Pour Timon le rêve est plus fort que le réel, mais peu à peu il se voit contraint d’ouvrir les yeux sur une réalité terrifiante. La pièce atteint son point crucial quand se pose la question qui nous concerne tous : que faire devant le désastre ?

La trame sous-jacente de la pièce qui est la destruction du connu devient évidence. Timon, et avec lui les spectateurs, se trouvent devant l’inconnu. La ruine de Timon, son refuge dans la forêt, ses relations avec les autres personnages, le retour vainqueur d’Alcibiade sont comme des fils électriques qui créent le choc. Pour chaque spectateur, devant l’univers saccagé de Timon et devant le monde naissant d’Alcibiade, une question essentielle se pose : qu’est ce qui est à détruire ? Qu’est ce qui est à sauver ? Bien sûr, Shakespeare ne fournit pas la réponse.

Critiques

Critique Froggy’s delight
Tragi-comédie de William Shakespeare, mise en scène de Habib Naghmouchin avec (...) - Lire tout

Tragi-comédie de William Shakespeare, mise en scène de Habib Naghmouchin avec Denis Lavant, Laura Benson, Cyril Guei, Nigel Hollidge, Cécile Lehn , Eric Prigent et Dorcy Rugamba.

Timon d’Athènes c’est un peu Le corbeau et le renard à la grecque rehaussé d’une sauce anglaise. Entouré d’une cour privée de courtisans cupides qui se réclament de l’amitié la plus profonde, Timon leur distribue son bien avec munificence malgré les mises en garde de son fidèle intendant Flavius et d’Apemantus philosophe cynique, jusqu’au jour où la banqueroute l’amène à solliciter, en vain, leur aide. Tombant dans la déréliction, il renonce au monde pour vivre en ermite et verse dans une misogynie éructante.

Diverses en sont les lectures et son intemporalité est déclinée selon les sensibilités. Timon symbolise autant le libéral inféodé à la croissance aveugle, l’utopiste aristotélicien, le prosélytisme altermondialiste, le démiurge dépassé par ses propres créatures, la dénonciation de l’hégémonie religieuse, le pessimisme politique et autres.

Mais c’est un homme aussi et ne serait-il pas, à l’instar des autres personnages, un simple avatar du cœur corrompu par l’or ? Un naïf vaniteux aux rêves de grandeurs ("Moi, ma sucrerie, c’était le monde"), puisqu’il ne pratique pas la bienfaisance à l’égard du pauvre, qui crève du dépit des démiurges fous ? Même mort il nourrit un ego surdimensionné à l’image de son épitaphe ("Ne revenez plus me voir ; mais dites à Athènes que Timon a bâti sa dernière demeure sur les grèves de l’onde amère qui, une fois par jour, viendra la couvrir de sa bouillante écume : venez dans ce lieu et que la pierre de mon tombeau soit votre oracle.").

Habib Naghmouchin opte pour une transposition moderne et économico-écologique de cette tragédie antique à l’anglo-saxonne qui illustrerait l’incapacité des sociétés libérales modernes à gérer les finances publiques et les ressources naturelles face au diktat du profit, et ce, au détriment de l’avenir de l’espèce humaine.

Le parti pris d’une certaine distanciation, malgré l’hyper réalisme de l’interprétation de Denis Lavant, ajouté au fait que, sans crainte des foudres qu’appellent des considérations aussi prosaïques et iconoclastes à l’encontre de Shakespeare, la pièce est longue et particulièrement bavarde font que l’attention et l’implication du spectateur sont quelque peu malmenées.

Cela étant, les comédiens assurent leur partition et Denis Lavant, qui domine la distribution, incarne un Timon illuminé autant dans son amour béat pour ses amis largement rétribués que dans son imprécation universelle à l’égard du genre humain.

Dans ce lieu singulier qu’est le Théâtre de la Boutonnière, sorte de loft avec mezzanine muni d’escaliers, d’échelles et barre de pompiers induisant une mise en scène chorégraphique, Timon claustré dans sa déréliction, ressemble à ces singes en captivité qui passent leur temps à se balancer et se jeter contre les parois de leur cage, alternant entre la prostration et la rage. Et comme eux, il accapare l’attention du public.

Et il y a Flavius (Eric Prigent parfait d’humanité). C’est en lui qu’il faut voir la noblesse et la grandeur de l’âme humaine. S’il n’en reste qu’un ce sera celui-là. Pour racheter l’homme aux yeux de l’homme.
MM

De
W. Shakespeare

Traduction
J.P Carrière

Mise en scène
Habib Naghmouchin

Scénographie
Philippe Marioge

Décor
Jean-Paul Dewynter et Timothy Larcher

Lumières
Paul Beaureilles

Costumes
Marie-Christine Franc

Régisseur / Assistant à la mise en scène
Cédric Mérillon

Avec
Denis Lavant (Timon)
Eric Prigent (Flavius)
Dorcy Rugamba (Apemantus, Caphis…)
Cyril Guei (Alcibiade, Voleur…)
Laura Benson (Peintre, Lucullus…)
Cécile Lehn (Marchand, Ventidius…)
Nigel Hollidge (Poète, Timandra…)

Attachée de presse
Marie-Hélène Brian

Relation publique
Séverine Liebault

Attachée de communication
Julien Barazer

Administration
Stéphanie His & Renaud Mesini